Elizabeth Hope : séance du 04 août 1880

Introduction de Mme d'Espérance

e reçus un jour une lettre de M.W. Oxley, personnage très connu à Manchester, ainsi qu'un message de deux messieurs également connus en Allemagne, me demandant l'autorisation d'assister à l'une de nos séances. Je transmis leurs requêtes au reste de la société, et le résultat fut que les trois étrangers assistèrent à notre réunion suivante. Cette séance fut d'un intérêt extraordinaire, si l'on peut vraiment dire qu'une de ces manifestations est plus étrange qu'une autre ; mais cette circonstance-là a été publiée dans différents pays, et quelques personnes au moins l'on trouvée digne d'être mentionné.

M. Oxley nous dit qu'il était venu avec un but spécial en vue, et qu'il n'en parlerait pas avant de l'avoir atteint. Il nous expliqua que des esprits, par un autre médium, lui avaient dit qu'il atteindrait son but s'il pouvait obtenir une admission à notre cercle privé. Nous nous demandions, naturellement, quel était son objectif, et nous avions peur que la présence des deux autres étrangers ne fît échouer son plan. D'un autre côté, une chute que j'avais précisément faite ce jour là, en descendant les escaliers, et qui me causa une luxation du coude, semblait également devoir diminuer nos probabilités de succès ; je m'en revenais donc à la salle des séances, ce soir-là, très disposée à proposer de remettre l'expérience à une autre date ; mais, en arrivant, j'appris que le temps de nos visiteurs étaient très limité, et je me décidai à essayer quand même.

Rien que du sable et de l'eau

Nous prîmes nos places accoutumées. Mme B… joua un solo d'orgue, et le silence régnait, lorsque les rideaux du compartiment central du cabinet s'écartèrent ; Yolande (l'esprit que produisait le plus fréquemment Mme d'Espérance) s'avança dans la salle. Elle jeta un coup d'œil inquisiteur sur les étrangers, qui lui renvoyèrent un regard plein d'intérêt, admirant évidemment la gracieuse petite forme et les yeux sombres de notre jeune Arabe. Ainsi que je l'ai déjà dit, de par ma position obligatoire dans le cabinet, je ne pouvais être qu'un témoin auditif : je laisse donc la parole à l'un des membres de notre cercle.

« Yolande traversa la chambre où M. Reimer était assis (M. Reimer bien connu en Europe comme spiritualiste distingué) et le pria de se rapprocher du cabinet pour être témoin de certains préparatifs qu'elle allait faire. Il faut prévenir ici que, dans des occasions précédentes, lorsque Yolande avait produit des fleurs pour nous, elle nous avait donné à entendre qu'elle avait besoin de sable et d'eau ; par conséquent une grande provision d'eau et de sable fin étaient toujours à proximité. Lorsque Yolande, accompagnée de M. Reimer, vint au milieu de notre cercle, elle fit comprendre son désir d'avoir de l'eau et du sable ; puis, faisant agenouiller M. Reimer sur le parquet, devant elle, elle lui signifia de mettre du sable dans la carafe d'eau : ce qu'il fit jusqu'à ce que celle-ci fut à moitié pleine. Il fut ordonné ensuite d'y verser de l'eau. Cela fait, M. Reimer secoua vivement la carafe et la tendit à Yolande.

Yolande, après l'avoir examinée avec soin, la plaça sur le parquet, la couvrant légèrement de la draperie qu'elle retira sur ses épaules. Puis elle rentra dans le cabinet, dont elle revint une ou deux fois, à de courts intervalles, pour voir ce qui se passait. Pendant ce temps, M. Armstrong avait enlevé l'eau et le sable superflus, laissant la carafe posée au beau milieu du parquet, recouverte du voile léger, qui, entre parenthèses, ne dissimulait pas le moins du monde la forme de la carafe, dont le goulot était particulièrement visible.

Une plante qui pousse à vue d'œil

Par coups frappés dans le parquet, nous fûmes engagés à chanter, de manière à harmoniser nos pensées et à combattre l'excès de curiosité que nous pouvions tous plus ou moins ressentir. Tout en chantant, nous observâmes que la draperie était comme soulevée de dessus la carafe. Cela était parfaitement visible pour chacun des vingt témoins qui la surveillaient avec soin. Yolande ressortit du cabinet et vint regarder la carafe avec inquiétude. Elle semblait l'examiner minutieusement et soutenait la draperie comme si celle-ci menaçait d'écraser un objet fragile placé en dessous. Finalement elle l'enleva complètement, exposant à nos regards étonnés une plante parfaite, qui semblait être une espèce de laurier. Yolande souleva la carafe dans laquelle la plante semblait avoir poussé ; ses racines étaient visibles à travers le verre et profondément enfoncées dans le sable. Yolande regardait la plante ave un plaisir et un orgueil manifestes, et, la prenant dans ses deux mains, elle traversa la chambre et vint la présenter à M. Oxley, l'un des étrangers présents. On sait que M. Oxley s'est fait connaître par des travaux philosophiques sur des sujets spiritualistes, ainsi que par ses écrits sur les pyramides d'Egypte.

Il prit la carafe contenant la plante, et Yolande se retira comme si elle avait achevé sa tâche. Après avoir examiné la plante, M. Oxley la plaça sur le parquet à côté de lui, car il n'y avait point de table dans le voisinage. La plante ressemblait à un laurier ; elle avait de larges feuilles lustrées, mais point de fleurs. Personne ne reconnut la plante et ne put l'assigner à une espèce connue. Nous fumes rappelés à l'ordre par coups frappés, et priés de ne point entrer en discussion, mais de chanter quelque chose et de nous tenir tranquilles. Nous obéîmes à ce commandement, et, lorsque nous eûmes chanté, de nouveaux coups frappés nous dirent d'examiner encore la plante, ce que nous fûmes enchantés de faire. A notre grande surprise, nous observâmes alors qu'une large sommité fleurie, mesurant environ 13 cm de diamètre s'était épanouie, tandis que la plante reposait sur le parquet aux pieds de M. Oxley.

Agée et pourtant à peine née

La fleur était d'une belle couleur rouge orangé. Cette sommité était composée d'environ cent cinquante petites corolles en forme d'étoiles, s'écartant considérablement de la tige. La plante faisait 60 cm de haut, avec une grosse tige fibreuse qui remplissait le col de la carafe. Elle avait 29 feuilles, faisant en moyenne 5 à 6 cm de large sur 19 cm de haut. Chaque feuille était unie et lustrée, ressemblant à première vue à celle d'un laurier, comme nous l'avions supposé d'abord. Les racines fibreuses semblaient avoir crû naturellement dans le sable. Plus tard, nous photographiâmes la plante dans la carafe d'eau, car il ne fut pas possible de l'en retirer le goulot étant trop étroit pour permettre les racines de passer, d'autant plus que la tige, comparativement plus mince, remplissait entièrement l'orifice.

Nous apprîmes que le nom de cette plante était l'Ixora crocata, originaire des Indes. Comment nous vint-elle ? Poussa-t-elle dans la bouteille ? Avait-elle été apportée dématérialisée des Indes, pour être rematérialisée dans notre salle des séances ? Telles étaient les questions que nous nous adressions les uns aux autres sans résultat. Nous n'obtînmes aucune explication satisfaisante. Yolande ne put ou ne voulut pas nous en donner. Autant que nous pouvions en juger, et c'est aussi l'opinion d'un jardinier de profession coroborée avec la nôtre, la plante avait certainement plusieurs années d'existence. Nous pouvions voir les endroits où d'autres feuilles avaient poussé et étaient tombées, et nous observâmes des traces d'éraflures qui s'étaient refermées avec le temps. Et cependant il était évident que la plante avait poussé dans le sable de la bouteille, ainsi que l'attestaient ses racines collées à la paroi intérieure du verre. La plante n'avait pas été introduite dans la bouteille, pour la simple raison qu'il eût été impossible de faire passer ses racines fibreuses et la partie la plus large de sa tige à travers le goulot de la bouteille, sans qu'on fût obligé de briser celui-ci.»

Des fleurs bien matérielles

M. Oxley dit, dans un compte rendu qu'il publia plus tard : « j'avais photographié la plante le matin suivant, et je l'emportai ensuite à la maison où je la plaçai dans ma serre sous les soins du jardinier. Elle vécut trois mois, puis se fana. Je conservai les feuilles pour en donner à des amis, excepté la fleur et les trois feuilles de l'extrémité que le jardinier coupa lorsqu'il se chargea de la plante. Celles-ci, je les ai encore sous verre, et elles ne donnent aucun signe de dématérialisation. Avant la création ou la matérialisation de cette merveilleuse plante, Yolande m'apporta une rose dont la tige avait 3 cm de long et que je mis à ma boutonnière. Sentant quelque chose remuer ; je l'enlevai et trouvai deux roses au lieu d'une. Je les remis en place, et, les ayant retirées à la fin de la séance, je m'aperçus que la tige s'était allongée de 17 cm et qu'elle portait à présent trois roses en fleurs ainsi qu'un bouton et plusieurs épines.

Je rapportai ces fleurs à la maison et les conservai jusqu'à ce qu'elles fussent fanées ; les feuilles moururent et la tige sécha, preuve de leur réalité et de leur matérialité. Ceci n'est là qu'un des remarquables exploits de Yolande, mais cela montre combien intéressantes étaient les manifestations que nous obtenions dans nos expériences. A la fin de la séance, M. Oxley nous expliqua qu'on lui avait promis un spécimen de cette plante particulière pour compléter sa collection, et qu'ainsi l'objectif de sa visite s'était trouvé réalisé.»


Légende : Elizabeth Hope assise à droite se protège les yeux du flash de magnésium, pendant que l'esprit matérialisé de Yolande pose pour la photo (1880).

Extrait de "Les Pouvoirs Inconnus de l'Homme : les Transparents"
Collectif F.Favre, A.Aksakof, J.Alexandre-Bisson, C.Duits, H.Hope,
E.Gurney, C.G.Jung, E.Osty, A.Von Schrenck Notzing,
R.Sudre, G.N.M.Tyrell (Edition 1978)

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